Après plusieurs mois d’attente, voici enfin une collaboration bien appréciée afin de dénoncer les bâtiments les plus laids de Montréal. Quiconque habitant le quartier Côte-des-Neiges ou ayant fait ses études à l’Université de Montréal connait ce magnifique hommage au béton. On parle bien sûr du pavillon Decelles du HEC.
En tant que qualité architecturale, on peut noter le bloc uniforme et tous les détails qui s’y intègre. Également nous pouvons noter la quasi-absence de fenêtre, élément très pratique car ceci empêche les étudiants de pouvoir regarder dehors et ainsi perdre leur concentration. Ayant vécu l’expérience intérieure du bâtiment, on ne peut peut dire que c’est mieux: vieux tapis finis, salles de cours sans lumière naturelle, bancs inconfortables. Un grand merci à Marie pour ces photos.


février 22, 2008 à 3:23 |
Bonjour chers appréciateurs du paysage urbain montréalais,
Travaillant pour la Chaire de recherche du Canada en patrimoine bâti, j’ai eu le contrat depuis le mois de septembre d’évaluer la valeur patrimoniale du cadre bâti appartenant à l’Université de Montréal. Les 39 bâtiments ont été divisés entre moi et mes 2 collègues. J’ai donc dû recenser, examiner et analyser le pavillon du vieux HEC, soit le pavillon formellement connu comme le pavillon 5255 Decelles.
Pour évaluer sa valeur patrimoniale, mes collègues et moi ont présenté nos bâtiments à la table ronde composée de la directrice de la maîtrise en conservation de l’environnement bâti de l’UdeM, un professeur agrégé de l’École d’architecture du paysage ainsi que la directrice du comité de la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Bref, pas n’importe qui…
Le pavillon 5255 Decelles a reçu un pointage par rapport à 3 volets d’évaluation, soit l’histoire, l’architecture et l’environnement et, vous allez trouver ça surprenant, il a reçu le statut de bien patrimonial reconnu. Ce n’est pas le plus haut statut (ce dernier étant ”classé”), mais sa valeur patrimoniale est reconnue du moins.
Voici donc pourquoi ce pavillon dont vous considérez laid est patrimonial:
Construit en 1968-1970 par l’architecte renommé Roland Dumais, il a reçu le prix de Design Canada un an après son inauguration. Son style architectural respecte le courant brutaliste lancé par, entre autres, Le Corbusier, au début du 20e siècle. Ce style est justement caractérisé par l’utilisation du béton brut comme parement extérieur, un minimum d’ouvertures, des lignes géométriques sévères et une intégration minime à son environnement. Ces traits donnent donc un allure ”bunker” ou forteresse aux bâtiments qui les adoptent. Le pavillon témoigne ainsi d’un style architectural international inusité dans le secteur.
Aussi, comme vous le savez déjà, le déménagement du l’Université de Montréal sur le flanc nord du mont Royal symbolise la confirmation de l’accès aux études supérieurs pour la société franco-québécoise. Les québécois ont donc pu avoir eux aussi leur université prestigieuse sur la montagne, à l’opposé de l’université McGill déjà implantée depuis longtemps. De plus, l’accès aux études commerciales n’était que possible pour les anglophones à McGill, alors la création des Hautes Études Commerciales a permis une éducation supérieure pour les francophones. Le pavillon 5255 Decelles est le premier bâtiment dédié aux HEC au Québec, lui donnant donc une valeur historique et sociale incontournable.
Enfin, même si un bâtiment est laid, ça ne veut pas dire qu’il n’a pas de valeur. Le jugement esthétique ne rend pas justice à ce bâtiment. Après l’avoir étudié pendant 5 mois, je trouve que ce témoin de l’histoire de l’éducation supérieure au Québec est plutôt joli!
février 22, 2008 à 3:25 |
En passant, pour ce qui est de l’intérieur, le pavillon subit actuellement des travaux de rénovation… Les étages supérieurs ont déjà été renovés. Il faut donc croire que l’UdeM met parfois ses priorités aux bonnes places!